On dit que celles et ceux qui excellent dans le monde de la synchronisation sont d’excellents artistes. C’est compréhensible, parce qu’il est plus difficile de jouer une scène exclusivement avec sa voix, privé du réel climat du tournage, que d’être le personnage à part entière. À l’écran, un acteur défectueux aura l’aubaine de se faire doubler par un collègue plus talentueux que lui, alors que le contraire n’est pas réalisable. Trop de gens ignorent que la synchro n’est pas, seulement, destinée aux doublages des films étrangers, mais également aux scènes françaises que des acteurs ont loupé, et qu’ils sont obligés de réenregistrer en studio. Quelques fois, il peut s'agir d'un son mauvais ou d'une erreur de la part de la technique. Un habitué de la synchro joue admirablement derrière un micro, ce qui n’est pas forcément le cas sur un plateau lors d’un tournage.
Ce qui est sûr, c’est qu’un acteur remarquable au cinéma, au théâtre ou en synchro n’est pas systématiquement parfait dans ces trois catégories. Évidemment, la synchronisation exige une précieuse domination de la voix, une intonation, un rythme, un ton, une sensualité, une vaste capacité vocale, un timbre distinct et une diction irréprochable. Tout est raffiné, calculé et pesé au millième de gramme prêt, tant l'enjeu est d'importance. Le casting de la synchro est généralement réalisé avec minutie, ce qui n’empêche pas de faire travailler les copains, et souvent les mêmes. Une star telle un Stallone n’aurait jamais accepté la voix de Michel Galabru, et Julia Roberts celle d’Anémone. Il faut bien admettre que certaines voix cadrent admirablement avec le physique des comédiens étrangers.
La voix française de Bruce Willis, par exemple, est fantastique pour le personnage, comme celles de Starsky et Hutch, des timbres qui nous font davantage penser a des personnages de dessins animés pour le côté humour, mais qui néanmoins n’enlèvent en rien la qualité et le talent des acteurs.
En dehors de ces doublages de séries ou de films, un acteur peut également prétendre un emploi du narrateur dans un documentaire télévisé, scolaire (privé), un film institutionnel, une publicité audio, voire même un feuilleton radiophonique. Dans ce cas, sa prestation prendra la dénomination de « voix off ».
Il existe quelques castings de voix dont les responsables sont chargés de recruter et de compiler de nombreux échantillonnages de voix sur bande magnétique ou fichiers numérisés. Cette inscription est totalement gratuite, mais elle attire tellement de monde que l'attente est interminable, généralement, sans issue. Cette démarche subsidiaire, même si elle donne le sentiment de perdre son temps, peut par la suite en faire gagner.
La synchro est un peu la roue de secours de l’acteur, perpétuellement en panne de « rôles ». Il y a celui qui travaille de temps en temps avec une intervention de quelques minutes dans un film, et celui qui assure le rôle principal. Ce dernier empoche des cachets très confortables. Seulement voilà, l’argent ne fait pas le bonheur. Inconsciemment, la doublure vocale habite définitivement la star, ou la vedette d’une série, par conséquent il lui sera profondément difficile d’exécuter le jeu d’un autre. Bien sûr, avec une intonation devenue célèbre, l’acteur a d’énormes difficultés pour se faire engager physiquement avec la voix d'un autre, qui est en réalité, la sienne. Il y a de même les artistes qui ont le privilège de prêter leur voix à divers petits rôles dans un même film, ce qui leur permet d’accroître le montant de leur cachet. Seulement, même en modifiant légèrement leur timbre, le public n’est pas dupe et devine d'emblée la supercherie. Aux États-Unis, le syndicat des artistes y mettrait son nez, en France on s’amuse avec des films, ou téléfilms, qui ont été tourné et joué avec le plus grand soin.
Certains acteurs rencontrent des difficultés à s'adapter aux techniques de la post synchro, étant donné qu'il n'est pas simple de se concentrer sur la scène qui défile, en même temps que le texte à interpréter. Un moment, il faut abandonner complètement l'image pour la lecture. L’acteur qui souhaite réellement appartenir à l'écran géant, se voit contraint d’éviter de se faire connaître à travers ses enceintes… dur dur !