Peut-être que l'un d'entre vous aura l'aubaine de rencontrer l’un d'entre eux, en sachant qu'il y en a qu'un petit millier de dénombré en France. S'il est pénible de s'affirmer en qualité de comédien, pour un producteur c'est également « dur ! dur ! ». Un producteur, fréquemment exécutif, ne souhaite pas gaspiller son temps et se ménage une légitime rémunération. Quel que soit l'aboutissement du film, même si ce dernier venait à séjourner dans un placard, celle-ci serait assurée.
Cela dit, ne nous apitoyons pas sur son sort car, en règle générale, il s'y retrouve. Même celui qui en a les moyens évite de miser son propre argent. Généralement, il démarche les banques, les investisseurs, sollicite les aides à l'écriture et les avances sur recettes. Après cela, il boucle son budget souvent grâce aux distributeurs.
Il peut produire parfois jusqu’à deux films par an. La production n'est-elle pas dépendante du hasard comme le loto, la roue du Casino ou la roulette russe ? Les temps ont bien changé et les producteurs n'ont rien de comparable aux joufflus d'après-guerre qui déambulaient sur l'Avenue des Champs Élysée avec un suffoquant barreau de chaise entre les lèvres, en quête d'une créature, star hypothétique de leur prochain film.
Avec une économie qui bat de l'aile, le portefeuille de certains producteurs n'a plus l'envergure nécessaire à assumer la Rolls, alors on fait appel à la petite cylindrée pour les petits rendez-vous, et à la voiture de location "catégorie VIP" pour les plus importants.
Les grands boulevards et les gros cigares ont perdu de leur notoriété, et « les nénettes » sont maintenant meilleur marché. Même si un producteur récolte quelquefois beaucoup d'argent, ne perdons pas de vue qu'il peut être amené à le réinvestir en totalité. S'il est sérieux, il s’implique en y mettant énormément d’énergie, et en sollicitant ses relations. En cas de grandes difficultés budgétaires, il saura mobiliser, par tous les moyens, l’ensemble des capitaux nécessaires. Ensuite, quel labeur pour retrouver sa crédibilité. Il doit sans arrêt éviter l'erreur et traquer les coûts inutiles. Il n’est pas directement responsable si le film ne répond pas aux entrées escomptées, ni aux trophées ambitionnés, mais c’est lui qui règle les dépenses en fin de parcours. En cas de succès commercial, il doit impérativement garder la tête bien droite sur les épaules, et mettre à profit cette situation, dans l'attente d'un autre projet. Le producteur respire un peu plus aisément après qu’il ait reçu un « César ». Cette manifestation, véritable institution, l’expose à la rivalité persistante de ses confrères les plus en vue pour cette récompense tant convoitée. Le « César » ouvre les portes d’un univers paradisiaque très favorable au prochain film. L'enjeu est d’une telle envergure que l'on comprend l'arrogance et la colère d'un producteur qui se voit doublé, juste au poteau de l'arrivée. Le « César » possède un impact sur le plan médiatique et donc sur le public tout à fait considérable. Pourtant et malheureusement, tous les élus ne sont pas absolument représentatifs des meilleurs. Ne nous heurtons-nous pas là à un principe de sélection arbitraire, voire injuste, qui influence les amateurs de films. Certaines œuvres quelquefois nommées, souvent oubliées, correspondraient pourtant aux goûts de nombreuses personnes ainsi abusivement dirigés en masse vers les films promis à une forte médiatisation.
Ces trophées ne viennent-ils pas gêner l’ambition d’innovateurs restés (provisoirement ?) dans l’ombre. On sait que des milliers de cinéphiles, plus ou moins crédules, se laissent influencer par un jury qui décide si un film, une équipe, un réalisateur ou un interprète est digne de recevoir cette valorisante sculpture. Hélas, ce type de manifestation auto valorisante se rencontre dans toutes les branches du show-business : les « César », les « Molières », les «Victoires de la musique », etc, chacun tirant la couverture à soi, pourvu qu'il gagne. Quand auront-ils enfin admis qu'il y a de la place pour tous ? Ce tableau nous fait penser à une jungle dans laquelle des gorilles se battent pour une même banane, laissant la peau aux chimpanzés. (Les perdants). Combien se sont vu attribuer un trophée pour une prestation bien plus dérisoire que ceux qui ne l'avaient pas obtenu. A la fin tout cela ne veut absolument plus rien dire. Même s'ils sont amenés à se fréquenter dans les mêmes lieux, doivent-ils user d'hypocrisie pour faire bonne figure ? Oh que oui... Dans l’environnement cinématographique, les pouvoirs appartiennent aux financiers qui organisent le budget. Si son montant augmente au fil de la production, ils disposent alors de concours bancaires, de pré-ventes aux télévisions, etc... Il serait absurde de penser que ce milieu reste obstinément fermé sur lui-même. Il y a un fauteuil pour ceux qui ont de l'argent à dépenser dans la production française, cependant il est préférable de se risquer à faire de la coproduction notamment avec les Anglo-saxons.
La production, comme le spectacle en général, est une sorte de drogue. Celui qui en use a tellement de mal à s'en passer qu'il ne parvient que très difficilement à s'en désintoxiquer. Même s'il doit manger de la vache enragée, subir de toutes parts des sarcasmes, malgré lui il est « accro » ! Si l'argent ne suffit pas à faire leur bonheur et s'il n'est pas la motivation première de ces cascadeurs de la production, il occupe quand même une place prépondérante à la base de ce business. Pas d'argent, pas de film, donc, pas de succès ! Si un film casse la baraque et fait de gros sous, la consécration ne se limite pas au producteur et son équipe. C'est le diadème pour la ou les têtes d'affiches qui ne manqueront d’étoffer, à cette occasion, leurs prétentions de quelques milliers, voire millions de francs. C'est ça la gloire !
Au théâtre, l'investissement peut également atteindre d'importantes sommes d'argent, néanmoins il ne sera jamais supérieur à celui d'un film ou d'un téléfilm. Un producteur de théâtre privé doit, pour créer une pièce, organiser un plan financier en minimisant les risques et en garantissant aux acteurs jusqu'à, quelquefois, une trentaine de représentations. Le fond de soutien des théâtres, qui vit grâce à une retenue sur chaque billet vendu dans les établissements qui ont adhéré, rembourse les pertes à hauteur de 140 jours. C'est généralement la durée de vie d'une pièce qui fait "un bide". De nombreux procès sont intentés chaque année à l'encontre des producteurs et metteurs en scène pour des raisons souvent injustifiées. On dit que certains nouveaux producteurs de théâtre reniflent les revenus faciles, avec à la clé des espèces non négligeables. Ces jeunes loups auraient des procédés intelligents pour plumer parfois les théâtres et les acteurs. Dieu merci, ils ne sont pas tous comme cela puisqu'ils représenteraient que quelques grains dans un bac à sable.
Il y a quelques années, les plus anciens directeurs de théâtre encadraient leurs édifices, plus ou moins bien, sans se douter ce qui se préparait pour les années à venir. En outre, le théâtre a peut-être fait l'erreur d'ouvrir les loges à de nombreuses "étoiles coûteuses" du cinéma français qui étaient dans l'attente de bons films, ou tout simplement sur une voie de garage. Pour mener à bien le financement inhabituel des lourds cachets que demandent les stars chéries, on leur attribue, en complément des salaires fixes, des pourcentages qui ne cessent d'accroître en cas de succès de la pièce, et des recettes mirobolantes qui rentrent dans les caisses. Évidemment, certains ont eu la chance d'encaisser le pactole contrairement aux petits acteurs qui tirent la langue chez "papa-maman". Compte tenu des lourdes charges sur les cachets faramineux, les comptabilités précaires ont des difficultés pour faire face aux dépenses.
Une poignée de producteurs de la nouvelle génération louent des salles, quelquefois en co-production avec des directeurs ou des partenaires intéressés dans l'investissement de spectacles. Ces derniers engagent des acteurs inconnus, et des vedettes qui bénéficient du grand jeu médiatique pour profiter d'une belle promotion, et ainsi attirer les spectateurs qui feront sonner le tiroir-caisse. Des rumeurs vont bon train à l'égard de certains d'entre eux qui feraient distribuer à un grand nombre de spectateurs des tickets "invité". Cette manière de faire serait un manque à gagner pour les acteurs qui ont un pourcentage sur les entrées en plus de leur cachet initialement prévu dans le contrat. Il y a d'autres cas où des producteurs n'acquittent pas les factures, et décident de partir en laissant la clef sous la porte. Comme n'importe quel employé dans une entreprise, les comédiens perçoivent leurs salaires grâce aux organismes spécifiques. Ce qui n'est pas normal, c'est qu'il y a des producteurs qui renouvellent ce type de manoeuvre plus tard, et dans une autre ville de préférence. Il n'y a pas que les acteurs qui subissent ces frustrations, mais également les techniciens. Pourquoi les plaintes sont-elles rarissimes ? Dans les coulisses on entend dire que cela déclencherait, dans certains cas, des audites sérieuses dans des comptabilités douteuses du métier en général. Évidemment, les nouveaux qui s'improvisent producteurs, sont pour beaucoup d'entre eux, des marginaux du métier qui sont traqués par les organismes professionnels et les associations qui ont pour but de faire vivre ce métier dans la dignité.
Il est donc recommandé pour un acteur, quel qu'il soit, de discuter son contrat en présence d'un agent ou d'un avocat. Pour ce qui est des spectacles vivants, il faut être prudent quant aux cachets mirobolants que proposent certains organisateurs de tournées, car il peut s'agir d'une entourloupette. En fait, il n'est pas rare qu'une production chancelante financièrement parlant, utilise les noms des acteurs importants pour trouver les moyens auprès des investisseurs, des collectivités, des grandes villes, des mairies, etc… Un artiste m'a raconté qu'il avait été victime de ce type de montage avec un contrat alléchant de 1000 euros par jour avec un pourcentage sur les entrées. Il a fallut quelques mois pour que cet artiste découvre que la société de production était en redressement judiciaire avec un risque imminent de finir en dépôt de bilan. Ce qui est dramatique pour un acteur de théâtre, c'est que pendant ce temps, il refuse des propositions sérieuses, et que pour rattraper le manque à gagner, il faut des semaines, voire des mois.