Nos petits producteurs le savent bien, il faudrait non seulement avoir dans l'union un Brad Pitt ou un Bruce Willis, mais aussi les moyens financiers pour avoir cette prétention. Quant aux acteurs de renom, quels qu'ils soient, face à la concurrence, se voient contraint de prendre la sage décision de se solder, ou de faire bonne mine aux séries télévisées. En revanche, le jeune comédien a tout intérêt à ne pas se limiter aux productions françaises, à condition bien entendu, de parler des langues étrangères, et surtout l’anglais. Il va y avoir manifestement un nombre important d'artistes qui voudront s'expatrier vers l’industrie artistique Allemande, italienne, anglaise et pourquoi pas Hollywoodienne, mais la route sera encore plus longue. A Los Angeles par exemple, quelques dizaines de milliers de comédiens envahissent quotidiennement les bureaux des castings directors pour tenter d’y trouver le moindre petit rôle.
En France, les productions semblent sortir la tête de l'eau, même si ce n'est pas le summum, si bien qu'il est aujourd'hui difficile, pour un artiste, de dénicher un petit rôle, voire une simple figuration pour manger. On en arrive à faire tourner des techniciens ou des gens de la rue, engagés sur le tas au prix dérisoire, dans le but d'économiser quelques milliers d'euros. En outre, si nos producteurs veulent faire du film international, ils sont quasiment obligés de signer des acteurs à la réputation mondiale pour pouvoir garantir une commercialisation d’envergure de la pellicule. En auront-ils les moyens ? Ce n'est pas sûr !
Beaucoup de nos jeunes espoirs se cantonnent dans la publicité ou dans les séries télévisées de seconde classe, ou qui sentent la naphtaline. Toutefois, la télévision a tendance à produire plus de dramatiques nationales, néanmoins elle continue d'acheter des séries étrangères, souvent américaines parce qu'elles sont faites, qui se suivent et qui se ressemblent.
Le fait d'investir davantage sur de la production française à, au moins, si ce n'est la qualité, le mérite de faire travailler les intermittents du spectacle qui tirent la langue, au lieu de rapporter de l'argent à des productions qui ont rentabilisé largement leurs investissements en première, ou seconde exploitation.
Les responsables des chaînes de télévisions sont parfaitement conscients qu’on ne peut comparer nos maigres feuilletons, à de rares exceptions près, aux vigoureuses et explosives séries américaines. D’un côté, vous avez des acteurs qui veulent faire de l'art, et de l’autre des producteurs de l'argent. Ce n'est pas incompatible, cependant c’est très regrettable pour les artistes qui n’y trouvent pas leur compte. Espérons, en tout cas, que l'Europe arrivera à apporter un jour aux productions françaises le plus pour que ces dernières puissent vaincre la concurrence anglo-saxonne. Il est permis de rêver !
Aux États-Unis, l'art et les dollars font bon ménage. Le Président d'une firme cinématographique se fiche éperdument de la masturbation intellectuelle des scénaristes créateurs de châteaux de cartes, et exige du béton armé avec de faramineux effets spéciaux qui captivent un public de jeunes. Quant à nous, bien trop de nos réalisations s'orientent vers le rafistolage de costumes archaïques, alors que la production mondiale a déjà enterré E.T. Certains de nos téléfilms "pépères" s’incrustent dans le verre de notre récepteur de télévision. A Hollywood, il y a belle lurette qu’on a mis au rancard le vieux fusil à poudre de Napoléon, contre le laser de Batman.
On s'éternise, quelquefois, à dépoussiérer les guenilles de Marie-Antoinette, alors que les metteurs en scène new-yorkais nous en mettent plein la vue avec des combinaisons spatiales en tous genres, des effets remarquables, et du "son" à nous en faire exploser les tympans. Pendant que notre maigrelette vedette masculine s'efforce de faire rire, Brad Pitt séduit les foules et remplit les salles. Le cinéma européen reste le pot de terre contre le pot de fer, et sans chercher à dénigrer nos classiques, dans certains cas on a l'impression qu’on a purement et simplement rajouté de la couleur.
Lorsqu’un téléfilm, ayant pour héros un flic, un avocat, un médecin ou un procureur, arrive à faire un soupçon d’audimat, peu de temps après, les chaînes de télévision polluent les téléspectateurs d’histoires de flics, de juge, de tribunaux et de justiciers, sans parler des sempiternelles 26 minutes, appelées "sitcom", et qui rendent nos enfants frénétiques, bien que la mode semble se limiter de se côté.
L’argent ? N'en parlons pas, c’est le contribuable qui règle la note pour ce qui est des chaînes publiques, mais les autres chaînes implorent les annonceurs pour renflouer les caisses. Il y a énormément d'argent à dilapider dans la publicité, mais avec toutes les chaînes qui prennent de plus en plus de notoriété (TNT), les budgets se resserrent.
Pour le financement des longs métrages, ce sont les banquiers qui s’angoissent jusqu'à la sortie en salles, quand les producteurs n’ont pas réussi à pêcher suffisamment d’associés. Ne portons pas un jugement trop hâtif sur le budget qui a bon dos. Nous savons pertinemment que des bides français ont coûté plus cher que des succès anglo-saxons. Le cinéma est une culture que les producteurs ont transformée en industrie sonnante et trébuchante qui, en contrecoup, ne fait que trébucher pour de nombreux films français en particulier. Du reste, les salles françaises, au nombre de 4500 environ, se portent plutôt mal, même si elles déclarent toujours, sans doute pour se faire de la publicité, que tel ou tel film a atteint le million d’entrées. Il est vrai que depuis quelque temps, elles semblent avoir repris du poil de la bête même si les films anglo-saxons y sont pour beaucoup ! L’issue de secours pour un fiasco cinématographique, c'est la cohabitation avec la télévision et les retombées proclament un mariage heureux. Les chaînes ne lésinent pas à dilapider plusieurs millions d’euros pour l’achat des droits d’un film, et quelques fois beaucoup plus lorsqu’il s’agit de négocier une déconfiture qui générera néanmoins un bel avenir télévisuel grâce à son affiche de stars. Il est évidemment plus facile d'imposer un échec aux téléspectateurs à travers leur poste de télévision, qu’aux spectateurs du grand écran, car ceux-ci ne se déplacent que s’ils ont véritablement envie de voir le film, et de payer leurs places.
Alors que le cinéma français a de la fièvre, même s'il est moins grippé qu'auparavant, on continue de lui prescrire des gros budgets dont le tiers de l'investissement est, généralement, assuré par la télévision. Les producteurs ne s'y trompent plus, la carrière d'un film se joue davantage au petit qu'au grand écran. Hollywood, puissante industrie cinématographique, ne lésine pas pour investir énormément d'argent au profit de l'art, en veillant scrupuleusement à la viabilité de l'entreprise finale. L'acteur est le « petit plus » d'un film, l'histoire est le « grand plus » de l'acteur, et l'assemblage des deux doit être parfait. Le film qui bénéficie d’une publicité d’envergure, dès sa sortie en salles, aura toutes les chances d'être accueilli avec le sourire dans les couloirs de la télévision, même s’il n'a réalisé que très peu d’entrées. Pour qu'il soit programmé, il est motivant pour la chaîne qu’il ait obtenu un formidable retentissement médiatique, plutôt que commercial. Dès sa première diffusion, celui qui obtient un bon audimat se verra rediffusé trois, six, dix fois. Par contre, le minable qui obtiendra un mauvais score sera enseveli à tout jamais. Bien entendu, les films primés auront plus de possibilités que les autres. Pour cela, il y a les festivals qui se recensent au nombre de trois cent cinquante environ, rien que dans notre hexagone. Les plus populaires ne sont plus ce qu'ils étaient, et les stars n'ont plus les allures d'antan.
Les festivals c'est bien, mais d’ordinaire la critique se montre féroce. D'ailleurs, une variété de producteurs et de réalisateurs sont devenus allergiques à « Cannes », parce qu’ils y ont laissé bien des plumes : bides sur bides, alors mieux vaut s'y rendre pour frimer comme sait parfaitement le faire les pédants qui cherchent à se frayer un passage dans une bousculade qui ressemble, étrangement, au jour de la Sainte Bernadette à Lourdes.